Mythes
et idées fausses
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1: «
Le pastoralisme nomade est une
forme archaïque de production
qui a passé son temps»
2 : « La
mobilité est intrinsèquement
arriérée, non
nécessaire, chaotique
et perturbatrice »
3 : « La
plupart des terres de parcours
se sont dégradées
suite à un surpâturage
»
4 : « Les
pasteurs ne prennent pas soin
de la terre à cause de
la Tragédie des Communs
»
5 :
« Les éleveurs
africains ne vendent pas leurs
animaux; ils préfèrent
les stocker, les admirer, et
leur composer des poèmes
»
6 : « Les
éleveurs contribuent
peu à l’activité
économique nationale
»
7 : «
La productivité du pastoralisme
est très basse. L’élevage
sédentaire est plus productif
que les systèmes mobiles
»
8 : « Les
techniques pastorales sont archaïques:
il faut introduire des méthodes
scientifiques modernes »
9 : « Les
éleveurs doivent se sédentariser
pour bénéficier
des services »
10 : « Tous
les éleveurs sont riches;
ou encore, tous les éleveurs
sont pauvres et connaissent
une insécurité
alimentaire »
Source: Pastoralism and mobility
in the drylands. The Global
Drylands Imperative. UNDP (June,
2003).
www.undp.org/drylands/docs/
cpapers/PASTORALISM%20PAPER%20FINAL.doc
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«
Le pastoralisme nomade est une
forme archaïque de production
qui a passé son temps
» Il y a un siècle
de cela, les gens croyaient
que le pastoralisme nomade était
une étape intermédiaire
de développement entre
la chasse mobile et la cueillette
d’une part, et l’agriculture
sédentaire d’autre
part. Le pastoralisme nomade
était considéré
comme une anomalie historique,
pratiquée par des peuples
non modernes et en retard par
rapport à l’évolution.
La recherche archéologique
moderne montre que ceci est
faux. La domestication des animaux
a eu lieu en même temps,
or plus tard, que la domestication
des plantes. Le pastoralisme
nomade s’est développé
en tant que forme spécialisée
de production, au départ
presque certainement situé
dans les premiers campements
agricoles, afin de permettre
une utilisation productive des
grandes étendues de terres
de parcours saisonniers dans
les zones arides et semi-arides.
Le pastoralisme n’est
pas plus archaïque que
l’agriculture elle-même,
et la mobilité en était
une caractéristique depuis
le début permettant aux
éleveurs d’utiliser
les riches ressources éloignées
des premiers campements.
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«
La mobilité
est intrinsèquement
arriérée,
non nécessaire,
chaotique et perturbatrice
» La mobilité
pastorale est une réponse
rationnelle à la
répartition éparse
et aléatoire des
ressources naturelles.
La plupart des groupes
pastoraux se trouvent
dans des environnements
à pluviométrie
saisonnière basse,
où il est impossible
de faire paître
les animaux au même
endroit tout le long de
l’année.
Le déplacement
permet aux éleveurs
d’utiliser une variété
de pâturages, points
d’eau, et autres
ressources telles que
le sel à lécher,
et il constitue une adaptation
sophistiquée aux
défis des environnements
à risques. Le déplacement
comporte aussi des raisons
économiques et
sociales : il s’agit
de transporter des produits
sur des marchés
lointains, rencontrer
des parents pour des festivités
saisonnières, acquérir
ou partager des informations.
Le déplacement
suit souvent des schémas
précis, et dans
la plupart des cas, il
conduit à l’élaboration
de règles claires
sur les droits et devoirs.
Jusqu’à récemment,
les mouvements pastoraux
étaient bien synchronisés
avec les populations pastorales
et agricoles voisines,
bien que nombre de ces
arrangements soient maintenant
sous pression, souvent
suite à des actions
inappropriées de
la part du gouvernement
et à la croissance
de la population agricole. |
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«
La plupart des terres
de parcours se sont dégradées
suite à un surpâturage
» Tout
comme les autres usages,
le pâturage peut
causer des changements
dans la composition des
espèces d’arbres
des terres de parcours.
Mais les preuves de dégradation
de grande envergure des
terrains de parcours résultant
du pâturage pastoral
sont très minces.
Les recherches écologiques
actuelles montrent que
les terres arides suivent
une logique différente
de celle des terres plus
humides. Selon la pratique
et la théorie standard
en matière de gestion
pastorale, dans les zones
arides, la croissance
de la végétation
est principalement déterminée
par la pluviométrie
de l’année
en cours, non par la pression
due au pâturage
de l’année
d’avant. Là
où la pluviométrie
est très variable
d’une année
à l’autre,
la production végétative
varie également.
Dans de telles conditions,
et en particulier lorsque
les herbes annuelles dominent
le tapis végétal,
il devient impossible
de définir une
capacité de charge
précise. La pression
due au pâturage
est un déterminant
de moindre importance
de la composition des
espèces et de la
production de la biomasse
que la quantité
de pluie et l’humidité
existante du sol. La neige
joue un rôle semblable
dans les économies
pastorales d’Asie
centrale (Source : West
Asia Region Resource Paper,
voir www.undp.org/drylands
go to drylands policy/challenge
papers). Bien que le risque
de dommage par concentration
de bétail sur la
structure du sol et sur
la végétation
ne doive pas être
ignoré (et cela
se constate clairement
dans les endroits de concentration
de bétail comme
par exemple les puits,
les marchés, ou
les voies de passage),
il existe peu de preuves
que les pâturages
des terres arides en général
sont surchargés
ou surpâturés.
En effet, dans de grandes
zones d’Afrique
de l’Est et de la
Corne de l’Afrique,
le contraire prévaut
: à cause de l’insécurité
due aux conflits, dans
certains cas il s’agit
de la réduction
du nombre de bétail
due à la sécheresse,
des pâturages autrefois
productifs ont été
envahis par des arbustes
et arbres au goût
non agréable, conduisant
à l’arrêt
du pâturage. |
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«
Les pasteurs ne prennent
pas soin de la terre à
cause de la Tragédie
des Communs » La
« tragédie
des communs » sous-entend
que la terre tenue en
commun connaîtra
inévitablement
un surpâturage.
La raison est qu’il
n’y a aucun facteur
incitatif pour amener
un éleveur donné
à limiter le nombre
d’animaux qu’il
met sur le parcours commun,
dans des situations où
un autre éleveur
pourrait accroître
ses animaux. Mais la tragédie
des communs repose sur
une méprise. Elle
suppose que les parcours
communs sont d’accès
ouvert et que n’importe
qui peut les utiliser.
Dans de tels cas, la compétition
pour le pâturage
pourrait en effet conduire
à un dommage environnemental.
En vérité,
les pâturages collectifs
ne sont pas tous d’accès
ouvert, mais sont –et
ont toujours été—gérés
collectivement par des
groupes d’utilisateurs
connus. Dans ce cas, il
est effectivement envisageable
que les détenteurs
des droits puissent s’accorder
sur des règles
et les appliquer. C’est
l’insistance du
gouvernement à
dire que les terres de
pâturage appartiennent
à l’Etat
et qu’aucun groupe
d’utilisateurs ne
peut établir des
règles et les appliquer,
qui a sapé l’action
collective traditionnelle,
créé la
situation d’accès
ouvert, et conduit au
surpâturage. |
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«
Les éleveurs africains
ne vendent pas leurs animaux;
ils préfèrent
les stocker, les admirer,
et leur composer des poèmes
» Il est
largement accepté
qu’en Afrique les
éleveurs ne vendent
pas leurs animaux, mais
préfèrent
les garder auprès
d’eux, et accumuler
de grands troupeaux seulement
pour le plaisir de les
voir. Les décideurs
politiques parlent souvent
de la nécessité
de persuader les éleveurs
africains de vendre leurs
animaux. Ce mythe est
de toute évidence
absurde. Si les animaux
ne sont pas vendus (à
moins qu’un grand
nombre d’animaux
d’un sexe donné
ne soient abattus dans
les concessions, et il
n’existe aucune
preuve de cela), les troupeaux
comprendront un nombre
égal de femelles
et de mâles. Toutes
les études de la
structure des troupeaux
parmi les pasteurs nomades
indiquent le contraire
: passé l’âge
de maturité, souvent
seuls les mâles
nécessaires pour
la reproduction restent
dans les troupeaux. Les
autres sont vendus, et
on les voit en grande
quantité dans le
commerce national et international.
Dans la mesure où
le bétail constitue
le capital de travail
des eleveurs, il est tout
à fait rationnel
de constituer des troupeaux,
et même de se retenir
de vendre les animaux
si les prix ne sont pas
bons. Ceci est tout à
fait différent
de l’accumulation
irrationnelle des animaux.
Néanmoins, le mythe
perdure, alimenté
sans doute par le fait
bien avéré
selon lequel certains
éleveurs africains
admirent en effet certains
animaux particuliers,
et ont souvent un taureau
préféré
dont ils s’enorgueillissent
de la beauté et
pour lequel ils composent
des poèmes. Dans
d’autres parties
du monde, les éleveurs
ont toujours vendus leurs
animaux pour faire face
à leurs besoins,
et pour eux, le problème
est plus celui de l’absence
de marché que la
réticence à
vendre les animaux. |
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«
Les éleveurs contribuent
peu à l’activité
économique nationale
» Ce mythe
est vite battu en brèche.
La contribution économique
des systèmes d’élevage
extensif nomades de subsistance
au PIB et à l’exportation
est élevé,
et est au moins en partie
prise en compte par les
statistiques économiques
nationales. Par exemple
en Mongolie, l’élevage
représente 1/3
du PIB et constitue la
deuxième plus grande
source de revenue liée
à l’exportation
(32%) après les
minerais (41%). En Ethiopie,
le secteur de l’élevage
(dont la production pastorale
nomade est une composante
clé) représente
16% du PIB, 1/3 du PIB
agricole, et 8% des revenus
d’exportation. La
conclusion qui s’impose
est que dans les terres
arides, les moyens d’existence
liés à l’élevage
contribuent grandement
à l’activité
économique nationale,
bien que souvent ces contributions
ne soient pas documentées
convenablement. |
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«
La productivité
du pastoralisme est très
basse. L’élevage
sédentaire est
plus productif que les
systèmes mobiles
» Les recherches
montrent que les systèmes
d’élevage
mobiles ont un rendement
économique à
l’hectare plus élevé
que les systèmes
de ranch dans les mêmes
conditions. L’amplitude
de la différence
va de 2 ou 3% plus élevé
à 10% plus élevé.
La productivité
par unité de travail
et par animal est généralement
plus élevée,
bien qu’en Ouganda,
le rendement/bénéfice
par animal en milieu pastoral
est d’un tiers plus
élevé que
dans les ranchs locaux.
Il a été
également prouvé
que l’élevage
mobile est plus productif
que l’élevage
sédentaire dans
les mêmes conditions
environnementales. Pendant
la sécheresse des
années 1980 au
Sahel, les éleveurs
qui ont déplacé
leurs bétails sur
de longues distances à
la recherche de pâturage
s’en sont mieux
tirés que ceux
qui sont restés
sur place. Au Soudan et
au Mali, les producteurs
de bétail sédentaires
ont une productivité
plus basse que les nomades. |
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«
Les techniques pastorales
sont archaïques:
il faut introduire des
méthodes scientifiques
modernes » Il
existe de nombreuses expériences
en matière d’introduction
de nouvelles techniques
d’élevage
et de nouveaux matériels
génétiques
dans les systèmes
pastoraux. La plupart
de ces expériences
ont échoué.
Qu’il s’agisse
de remplacer les espèces
locales ou de les croiser
avec des espèces
plus productives, d’introduire
de nouveaux systèmes
de gestion en vue d’éliminer
le besoin de nomadisme,
de cultiver des plantes
fourragères, d’introduire
l’agriculture intégrée,
et beaucoup d’autres
interventions encore,
aucune de ces tentatives
n’a vraiment apporté
des avantages aux éleveurs.
Le plus souvent, ces expériences
ont conduit à la
dégradation des
terres ou n’ont
pas pu devenir durables,
et de fait elles ont été
abandonnées. De
l’autre côté,
nous comprenons mieux
maintenant l’énorme
savoir et les compétences
des éleveurs, les
qualités génétiques
des espèces locales,
et la rationalité
des systèmes locaux
de subsistance liés
à l’élevage.
Des améliorations
peuvent certainement être
apportées, mais
le point de départ
devrait être les
systèmes de gestion
du bétail, le savoir
et les compétences
existantes, et non un
modèle importé. |
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«
Les éleveurs doivent
se sédentariser
pour bénéficier
des services » Un
argument généralement
avancé par les
décideurs est qu’il
est impossible, ou dans
tous les cas trop cher,
d’offrir des services
satisfaisants aux éleveurs
nomades, qu’il est
du devoir de l’Etat
d’offrir des services
à tous les citoyens,
et que donc les nomades
devraient se sédentariser.
Les gouvernements fournissent
les facilités de
sédentarisation
sur cette base. L’argument
peut être retourné
à l’envers
: s’il est du devoir
de l’Etat de fournir
des services à
tous les citoyens, et
si certains citoyens sont
mobiles pour des raisons
logiques, alors il est
du devoir de l’Etat
de fournir des services
aux populations nomades. |
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«
Tous les éleveurs
sont riches; ou encore,
tous les éleveurs
sont pauvres et connaissent
une insécurité
alimentaire » Les
paysans et les populations
urbaines dont le principal
investissement est peut-être
seulement un bœuf
ou trois moutons perçoivent
les éleveurs à
travers ce qui leur apparaît
comme de grands troupeaux,
et donc pourraient penser
que ces derniers sont
immensément riches.
Cela ne prend pas en compte
le fait que le troupeau
est un fonds de roulement;
les animaux ne peuvent
pas être vendus
à volonté
si l’entreprise
pastorale doit survivre
et prospérer. D’un
autre côté,
les sécheresses
et famines des trois dernières
décennies ont donné
de l’éleveur
l’image d’un
indigent, trop pauvre
pour survivre autrement
que grâce à
l’aide alimentaire.
Aucune de ces images n’est
totalement vraie. Dans
les sociétés
pastorales, comme dans
toute autre, il y a des
ménages riches
et des ménages
pauvres. Les événements
économiques récents,
en particulier les famines
qui profitent à
certaines personnes, ont
créé quelques
familles riches et beaucoup
de familles pauvres dans
la plupart des sociétés
pastorales. Les politiques
en matière de pastoralisme
nomade doivent élaborer
et cibler les interventions
en conséquence.
En fait, parce qu’il
est nécessaire
d’avoir un capital
d’investissement
substantiel sous forme
de troupeau familial,
le pastoralisme ne constitue
pas une bonne voie de
sortie de la pauvreté.
Historiquement, des familles
pastorales pauvres se
sont souvent retirées
de l’élevage
pour entrer dans d’autres
secteurs économiques.
Aujourd’hui, beaucoup
de familles appauvries
peuvent être maintenues
à la lisière
du pastoralisme par l’aide
alimentaire, mais cela
n’exclut pas leur
retour si les conditions
changent de manière
fondamentale. |
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