Les barrages hydroélectriques peuvent soutenir simultanément développement local et national en Guinée, sur le long terme.

La  Guinée a lancé une réflexion stratégique pour la mise en place d’un modèle de partage des bénéfices des projets hydroélectriques avec les populations affectées, en collaboration avec la Global Water Initiative, à travers une étude et un atelier de restitution avec les parties prenantes du secteur. 

Photo: GWI

La République de Guinée dispose d’environ 6000 MW de potentiel hydroélectrique. Pour pouvoir l’exploiter, de nombreux projets de barrages sont à l’ordre du jour : entrée en fonction en 2015 du barrage de Kaleta, lancement en 2016 des travaux de Souapiti et de Sambangalou, planification en cours de Fomi, Koukoutamba, Amaria, Bouréyah, Ballassa, Kogbedou, Morissananko, Korafindi, Gozoguézia, entre autres. Ils devront permettre la satisfaction des demandes pressantes en électricité, notamment dans les villes, ainsi que  son exportation vers les pays voisins. Mais ces aménagements hydroélectriques peuvent avoir des impacts importants à long terme sur les personnes affectées par les projets (PAP), qu’elles soient déplacées (physiquement et économiquement) ou hôtes.

 « Éviter l’exode rural, créer des pôles de croissance locale durable et favoriser l’emploi des jeunes sont autant d’objectifs spécifiques et stratégiques à atteindre, en complément de la mobilisation de l’hydroélectricité pour les consommateurs urbains. Pour cette raison, nous avons lancé une réflexion innovante pour comprendre comment les projets hydroélectriques en cours peuvent contribuer au financement d’un développement local pour soutenir l’amélioration des conditions de vie de nos populations en tenant compte des exigences environnementales. » El hadj Sanfina Diakité, Secrétaire général,  Ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique (MEH)

Pour relever ce défi et proposer des solutions adaptées au contexte guinéen, cela passe obligatoirement par l’analyse des aspects juridique, institutionnel et financier de mécanismes de financement, ainsi que de leurs modalités d’application.

La faisabilité de la mise en place de ces mécanismes en Guinée est assujetti à trois exigences : i) la nécessité de fournir un financement annuel régulier et suffisant pour appuyer le développement local pendant une durée à déterminer pour chaque barrage en fonction de l’ampleur des impacts, ii) être acceptables pour le consommateur d’électricité, et iii) ne pas mettre en difficulté économique ou financière le programme national d’investissement dans l’hydroélectricité.

 « L’expérience internationale montre que le principal objectif de la construction d’un grand barrage consiste normalement à apporter des bénéfices économiques à l’échelle nationale. Mais les communautés locales, qui sont déplacées par le projet par milliers ou dizaines de milliers, se retrouvent trop souvent sans systèmes de production ni droits suffisants pour reconstruire leurs vies. Pour les pouvoirs publics, un fonds local de développement est une solution qui profite à tous, et qui permet à  un projet national de construction de  grand barrage d’être aussi un moteur de développement local sur le long terme » Jamie Skinner, Directeur de la Global Water Initiative (GWI) en Afrique de l’Ouest.

L’étude démontre la faisabilité de tels mécanismes financiers pour appuyer le développement local sur le long terme. Elle propose la mise en place d’un fonds local de développement pour chaque barrage, géré en collaboration avec les communes. Cette solution s’inspire notamment de l’expérience nationale en la matière dans le secteur minier et du Projet d’appui aux communautés villageoises (PACV). Elle s’inscrit dans le cadre juridique et institutionnel national (constitution, Code de l’eau, Code des collectivités) mais nécessite des réformes législatives et réglementaires pour assurer sa mise en œuvre.

La Guinée n’est pas le seul pays confronté aux enjeux liés au développement durable inclusif et à l’amélioration des conditions de vie des PAP dans le cadre des projets de barrage. Au Ghana par exemple, la société d’exploitation du barrage d’Akosombo verse $500,000/an dans un fonds pour les PAP ; la Chine prélève $0.08/KWh sur tous les barrages hydroélectriques ; ou encore l’Inde alloue 12% de la production électrique aux besoins régionaux. Chaque système est adapté aux besoins spécifiques du pays en question mais vise le même objectif : la redistribution des bénéfices issus de l’exploitation hydroélectrique afin de palier à ses impacts directs et indirects. Aussi, ce principe du partage des bénéfices est aujourd’hui intégré à la directive de la CEDEAO relative au développement des infrastructures hydrauliques en Afrique de de l’Ouest qui s’appuie sur l’expérience accumulée sur le continent et dans le monde.

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