Les activités illégales menacent le patrimoine mondial naturel, poussant le vaquita au bord de l’extinction et appauvrissant les forêts, selon l’UICN

Gland, Suisse, 30 juin 2017 (UICN) – La pêche illégale, le braconnage et l’exploitation illégale des forêts menacent deux tiers des 57 sites naturels du Patrimoine mondial suivis cette année par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), mettant en péril des écosystèmes et des espèces parmi les plus précieux et exceptionnels de la planète.

Photo: IUCN / Elena Osipova

Islands and Protected Areas of the Gulf of California, Mexico - a fishing port on the coast of Gulf of Mexico

À la veille de la 41e session du Comité du patrimoine mondial, qui s’ouvre ce dimanche à Cracovie (Pologne), l’UICN recommande l’inscription du site mexicain des îles et aires protégées du Golfe de Californie sur la Liste du Patrimoine mondial en péril, en raison de la pêche illégale au filet maillant, qui menace le marsouin de Californie – ou vaquita – d’une extinction imminente. L’UICN est également préoccupée des effets d’activités telles que le braconnage et l’exploitation illégale des forêts sur la biodiversité exceptionnelle des forêts tropicales humides de l’Atsinanana à Madagascar, ainsi que sur la forêt de Białowieża, l’une des dernières forêts primaires d’Europe, située en Pologne et au Belarus.

 

« Il est alarmant de constater que même les plus grands trésors naturels de notre planète subissent les effets des activités illégales », dit Mme Inger Andersen, Directrice générale de l’UICN. « Les sites du Patrimoine mondial sont reconnus comme des lieux d’une valeur exceptionnelle, pour la nature ainsi que pour l’humanité. S’ils sont détruits, ils seront perdus à jamais. »

 

« Le statut de site du Patrimoine mondial a pour but d’assurer à ces lieux le degré de protection le plus élevé, et nous sommes responsables, en tant que communauté internationale, de l’efficacité de cette protection. Seule une coopération internationale forte est en mesure d’éliminer les activités illégales et non durables qui ont des effets si dévastateurs sur ces sites extraordinaires. »

 

Le vaquita (le plus petit marsouin de la planète) est menacé d’extinction par le commerce illégal d’espèces sauvages. Les îles et aires protégées du Golfe de Californie ont été inscrites sur la Liste du patrimoine mondial en 2005 en raison de la valeur exceptionnelle de leur biodiversité marine : le site abrite un tiers des espèces de cétacés de la planète. Le vaquita est la victime des prises accessoires liées au commerce illégal du totoaba, un poisson en danger critique d’extinction dont la vessie natatoire est vendue à prix d’or sur les marchés asiatiques.

 

Malgré les efforts importants réalisés par le Mexique pour combattre la pêche illégale aux filets maillants, la survie du vaquita est gravement menacée ; sa population ne compte plus que 30 individus environ à l’état sauvage. L’UICN recommande l’inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial en péril, afin de prendre des mesures urgentes de protection. Elle appelle à une interdiction permanente des filets maillants, ainsi qu’à un renforcement de la coopération internationale permettant de répondre aux menaces pesant sur le site.

 

Les forêts humides de l’Atsinanana (Madagascar) ont été inscrites sur la Liste du patrimoine en péril en 2010, trois ans seulement après leur classement au Patrimoine mondial, en raison des coupes illégales de bois de rose et d’ébène. Le site représente un habitat très important pour les lémuriens menacés, qui sont aussi touchés par le braconnage. Malgré les efforts constants de Madagascar pour répondre à ces menaces, un accroissement sensible des coupes illégales a été constaté en 2016. L’UICN recommande le maintien du site sur la Liste du patrimoine mondial en péril et appelle à redoubler d’efforts pour contrer les menaces, y compris au moyen d’une coopération renforcée entre les pays situés le long des routes commerciales. 

 

Si la Pologne poursuit l’exploitation du bois et les coupes forestières dans les forêts anciennes de

Białowieża, des milieux naturels intacts disparaîtront. La Commission européenne a exprimé récemment sa préoccupation à propos de l’abattage d’arbres anciens de la forêt, qui est aussi un site Natura 2000. Le site, qui a été l’un des premiers à être inscrit, en 1979, sur la Liste du patrimoine mondial, agrandi ensuite en 1992 et 2014, est partagé entre la Pologne et le Belarus ; il s’étend sur 141 885 hectares.  

Białowieża est l’une des dernières forêts primaires qui subsistent sur le continent européen. Son espèce emblématique est le bison d’Europe, et elle abrite également plus de 250 espèces d’oiseaux et plus de 12 000 espèces d’invertébrés.

 

L’UICN préconise une mission de suivi sur le site permettant de faire un bilan de la situation et de convenir des mesures à prendre. S’il était confirmé que la valeur universelle exceptionnelle du site est en danger, on envisagerait l'inscription de Białowieża sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 2018.

 

La coopération internationale en vue de combattre des activités illégales commence à porter des fruits pour le complexe forestier de Dong Phayayen-Khao Yai (Thaïlande). La mission menée par l’UICN a pu constater que la coopération entre la Thaïlande, le Cambodge, la Chine, la République démocratique populaire lao et le Vietnam, en plus d’une coordination renforcée des efforts à l’intérieur de la Thaïlande, a entraîné une réduction des coupes illégales de bois de palissandre, après un accroissement du trafic ces dernières années. Des moyens accrus sont actuellement dévolus au site, avec un plan d’action visant à intensifier les patrouilles par le biais de technologies spatiales. Le complexe forestier revêt une importance internationale pour la survie et la conservation de mammifères, d’oiseaux et de reptiles menacés à l’échelle mondiale. Il est aussi l’un des bassins versants les plus importants de la Thaïlande.

 

L’UICN est l’organisation consultative officielle du Comité du patrimoine mondial en matière de sites naturels. Elle recommande l’inscription de nouveaux sites sur la Liste du patrimoine mondial et propose des mesures de protection pour les sites menacés inscrits sur la Liste.

 

Pour plus d’informations ou pour des interviews, veuillez contacter:

Célia Zwahlen, Programme Patrimoine mondial, UICN, célia.zwahlen@iucn.org, +41 22 999 07 16

Ewa Magiera, Relations médias UICN, ewa.magiera@iucn.org, +41 76 505 33 78

 

Notes pour les rédacteurs

 

Lors de cette session du Comité du patrimoine mondial, l’UICN recommande aussi de retirer le Parc national de la Comoé en Côte d’Ivoire de la Liste du patrimoine mondial en péril où il se trouve depuis près de 15 ans. En effet, suite à la stabilisation de la situation politique du pays, on constate un accroissement des espèces sauvages. Des chimpanzés et des éléphants, que l’on croyait disparus du site, ont été repérés dans le Parc. 

L’UICN a examiné 13 propositions d’inscription de nouveaux sites, ou d’extension et de modification de biens naturels déjà inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. L’UICN recommande l’inscription de quatre sites naturels qui représentent des habitats de première importance pour la conservation des espèces. Il s’agit du Parc national Los Alerces (Argentine), qui protège quelques-uns des derniers tronçons intacts de forêts patagoniennes ; le Qinghai Hoh Xil (Chine), qui couvre une large étendue du plateau le plus vaste, le plus jeune et le plus haut du monde ; les paysages de la Dauria (Mongolie et Russie), un écosystème de steppe comprenant des habitats cruciaux pour des espèces menacées, comme la marmotte de Sibérie en danger, et le complexe W-Arly-Pendjari au Bénin et au Burkina Faso, qui représente une extension de 1,5 million d’hectares au Parc national du W du Niger, déjà inscrit sur la Liste. Ce site abrite des espèces disparues presque partout ailleurs en Afrique de l’Ouest, dont des lions et des guépards.  

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